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Bondy,découverte d'un site archéologie d'intérêt majeur
Bondy,découverte d'un site archéologie d'intérêt majeur
Bondy le 26 septembre 2005
Résonances N°14. Septembre 2005La prochaine réalisation d'un vaste complexe immobilier à proximité de l'église Saint-Pierre à Bondy (Seine-Saint-Denis), au coeur même de la ville, est précédée par une importante opération d'archéologie préventive, confiée par la municipalité à l'INRAP (Institut national de Recherches en archéologie Préventive). Les premières investigations, notamment deux diagnostics archéologiques et un dépouillement préalable des archives locales, permettent d'ores et déjà de souligner l'intérêt majeur du site : en effet, ce secteur, idéalement localisé pour les archéologues, va permettre de comprendre la mise en place et la structuration du village, à partir d'un vaste ensemble de sépultures mérovingiennes, puis carolingiennes fédérant peu à peu l'installation voisine des premières maisons. La possibilité qu'une église primitive, aujourd'hui disparue, mais dont les fondations pourraient être mises au jour lors de l'opération archéologique, n'est pas écartée, car la première mention d'un édifice de culte à Bondy est contemporaine des sarcophages mis au jour : elle figure dans un texte daté de 590-630, appelé "testament d'Erminenthrude". L'actuelle église, construite à la fin du XIXème siècle, n'indique pas forcément la localisation originelle du premier édifice puisque, au fil des siècles et de façon classique, les bâtiments de culte ont pu se succéder, se déplacer, à mesure des destructions et des réaménagements. C'est ainsi que les sources mentionnent des campagnes de reconstructions dès le milieu du XIème , puis au XVème et au XVIIIème siècles. En parallèle, le cimetière paroissial se déplacera également et l'on sait qu'en 1723, il sera localisé directement au Sud de l'église, puis à nouveau déménagé en 1823. Les sépultures renseignent sur l'implantation du premier villageCe site, dont la lecture est complexe puisque s'y superposent plusieurs périodes chronologiques distinctes les unes des autres, va surtout permettre de comprendre la mise en place du premier village, qui s'organise à partir d'une occupation funéraire dense, mais exclusivement dévolue aux sépultures. A l'époque mérovingienne, le site apparaît comme un vaste ensemble funéraire, constitué par de petits groupes de sarcophages en plâtre, parfois espacés les uns des autres, mais qui sont implantés en rangées organisées pouvant définir des groupes familiaux. Au fil des siècles, les sépultures vont se multiplier, se recouper et se superposer pour ne plus former qu'un vaste cimetière bénéficiant d'un encadrement paroissial strict où les fidèles devront se conformer aux règles régissant l'inhumation de leurs défunts, dans la seule aire sacrée délimitée par de puissants fossés. Toutefois, il apparaît clairement que cet espace réservé aux morts n'est pas formellement interdit aux vivants car quelques silos à grains et des celliers commencent à s'y implanter. Cette coexistence ne fera d'ailleurs que s'accentuer puisqu'aux alentours du XIème siècle, l'aire dévolue aux inhumations régresse et l'espace ainsi libéré sera peu à peu investi par des maisons en bois et torchis. Cette courte période verra ainsi coexister les morts et les vivants, dans un même espace qui sera, dès le XIIème siècle, strictement réservé à l'habitat. Plus aucune sépulture ne pourra y être établi, le cimetière paroissial étant, de fait, massivement déplacé. L'archéologie funéraire au centre des préoccupationsL'opération archéologique, placée sous la direction scientifique de Sébastien Poignant, qui se déroulera tout au long de l'automne 2005 devra donc répondre à plusieurs questions relatives au mode de création de ce village et à la gestion des cimetières. En effet, plusieurs centaines de sépultures, s'échelonnant de la fin du VIème au début du XIIème siècles, parmi lesquelles une importante part de sarcophages trapézoïdaux en plâtre, vont être mises au jour. L'archéologie funéraire constitue, de fait, une part importante de cette investigation : archéologues et anthropologues se relaient pour permettre d'exploiter au mieux les très nombreuses données collectées. Chaque sépulture fait l'objet d'une fouille rigoureuse autorisant à la fois la reconnaissance des modes de creusement (les aménagements peuvent différer selon les périodes concernées) et le squelette, minutieusement dégagé, permet d'observer les modes d'ensevelissement des défunts. En effet, selon que les articulations ont été maintenues lors du processus de décomposition des chairs, selon que les volumes originels (bassin, gril costal,…) se sont mis à plat, il est possible de restituer la présence de matériaux périssables disparus : cercueil en bois lisibles par défaut en observant des alignements d'ossements, textiles souples (vêtement ou linceul,..) ayant provoqué des contraintes très nettes sur les épaules ou les genoux,… Ces observations, qu'il est nécessaire d'enregistrer pour chaque cimetière mis au jour, s'inscriront tout naturellement au sein de ce que l'on connaît déjà des pratiques d'ensevelissement propres à chaque période. Comme toujours dans les contextes chrétiens, les défunts sont orientés tête à l'Est, leur visage dirigé vers la Jérusalem céleste. Inhumés sur le dos, la tête parfois calée par des pierres ou par un resserrement du chevet de la fosse (logette céphalique), leurs avant-bras se retrouvent le plus souvent disposés sur la taille ou l'abdomen. Les sarcophages mérovingiens ne manqueront pas de livrer des squelettes auxquels des éléments métalliques (boucles de ceinture, armes, fibule,…) ou en pâte de verre (perles,…) seront associés, soulignant que les défunts étaient habillés et parés lors de leur enterrement. En revanche, la période carolingienne qui se caractérise par un grand dépouillement funéraire, livrera des défunts déposés dans de vastes fosses, simplement ceints d'un linceul (noués ou bandelettés) ou très sobrement habillés. Outre ces observations enregistrées dès le terrain et qui permettent d'appréhender les gestes relatifs aux pratiques funéraires en vigueur, les squelettes feront l'objet d'une étude ostéologique en laboratoire : selon la bonne conservation de la matière osseuse, l'âge au décès et le sexe de chacun pourra être estimé, permettant notamment de restituer le profil démographique pour chaque communauté. En parallèle, les observations d'ordre pathologique (observation de fractures, d'arthrose, …) permettront de connaître l'état sanitaire de ces diverses populations. Ainsi, alors même que la fouille ne fait que commencer, les questions soulevées par le site sont multiples et permettront de comprendre non seulement la gestion des défunts et des espaces funéraires, mais aussi leur coexistence progressive et parfois atypique avec les premiers vestiges d'un habitat qui sera à l'origine du village de Bondy.
Valérie Delattre et Sébastien Poignant
Résonances N°14. Septembre 2005
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