Les Mystères de Madagascar
Pour les Malgaches, la
mort est aussi importante que la vie. Ils pratiquent avec ferveur le culte des morts en
bâtissant et en entretenant des monuments funéraires somptueux. Ils espèrent ainsi en
être récompensés en attirant la bénédiction de leurs aïeux qui leur donnera bonne
santé, fertilité et richesse, avant d'accéder eux-mêmes, un jour, au glorieux statut
d'ancêtre immortel. C'est à partir de là que l'on peut "revenir" conseiller
les vivants par la voie des médiums ou celle des rêves et aussi leur
"demander" de rénover un caveau ou de changer leur linceul.
Le famadine : ainsi s'appelle une
coutume, unique et particulière, pratiquée dans un village niché sur les hauts plateaux
de l'île de Madagascar.
Une fois tous les 5, 7 ou 9 ans, on
réunit ses amis, ses connaissances habitant d'autres villages - jusqu'à 200 personnes et
plus - et on les invite, tout d'abord, à un grand banquet composé de viande de zébu,
immolé pour la circonstance, et de riz. Ce jour là, on n'admet pas de restes. Tout doit
être consommé car on a spécialement préparé ce repas à la gloire des ancêtres.
Après le repas qui doit être achevé
au plus tard à 15 heures, on termine avec quelques rasades de rhum-gache agrémentées de
bonnes bouffées du tabac produit sur l'île : le paraky.
Les femmes se parfument et se parent de
robes chatoyantes, les couleurs les plus gaies étant réservées aux proches parents des
défunts qui vont être honorés.
La musique envoûtante, émane de
musiciens présents aux premières heures. Les plaisanteries fusent, les enfants jouent.
Les gens rient et dansent.
Puis tous se lèvent et partent en
direction de la colline où se trouve la sépulture. Quand ils atteignent le lieu de la
cérémonie, le chef de famille, le président du canton, le sorcier et quelques
dignitaires, enveloppés dans leurs toges d'apparat, montent sur le tombeau.
La musique cesse alors pour laisser la
place aux discours des anciens qui vont faire l'éloge des ancêtres. Ces grands discours
appelés kabary en appellent aux souvenirs des morts. On rappelle leurs mérites passés
en vantant leur sagesse, en usant de louanges et d'allégories proverbiales ou poétiques.

Le cérémonial est scrupuleusement
suivi afin d'éviter toute fausse note qui pourrait entraîner une série de malheurs pour
l'irrespectueux, les siens et ceux de son village. On a ainsi évité le jeudi,
porte-malheur si l'on ouvre un tombeau ce jour-là.
Le moment est arrivé. La musique
reprend, plus imposante. En creusant, on dégage la porte - dalle de pierre - d'accès au
caveau. Puis, quelques hommes descendent dans la crypte.
Au bout de quelques instants, ils
commencent à remonter, avec grandes précautions, le premier mort enroulé dans une
natte, qu'ils tendent ensuite aux personnes chargées d'aller le déposer plus loin, sur
l'herbe tendre au milieu des petites fleurs de prairie. Les hommes remontent, les uns
après les autres et par ordre d'ancienneté, d'autres morts, qu'on dispose côte à
côte. Tous les occupants n'ont pas droit au même traitement. Tout dépend de l'année du
décès. Une autre année, le même cérémonial sera réservé à ceux dont le tour sera
venu.

Délicatement, ils sont extraits de
leurs vieilles nattes puis enroulés dans des linceuls de soie tout neufs. On ne se plaint
pas, on ne pleure pas; au contraire, on touche, on caresse, on embrasse son parent parti
depuis si longtemps. C'est la volonté des ancêtres qui préfère voir les vivants
heureux et insouciants.
Ceux-ci vont d'ailleurs, dans une
joyeuse pagaille, s'arracher des morceaux de l'ancienne natte qui deviendront de
véritables talismans garants du bonheur et de la prospérité du possesseur.
Enfin, les morts seront retournés
tendrement plusieurs fois sur eux-mêmes et on leur fera faire le tour du tombeau sept
fois avant des les ramener à leur place respective, dans le caveau, têtes orientées à
l'est, pieds à l'ouest.
Puis, la sépulture est refermée et
après avoir dansé à l'endroit où les morts étaient allongés, tous repartent vers
leur village où ils dormiront en respectant la même orientation est-ouest, la tête
emplie du souvenir de leurs ancêtres.
Extrait de :
Les Sorciers de la pleine
lune de Nicole Viloteau.
Editions Arthaud. |