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Le deuil en Provence

  Aujourd'hui plus intimes et familiaux, les cérémonies de deuil en Provence avaient, jusqu'à un proche passé, un caractère fortement communautaire et public.
Dès qu'un proche était "bien fatiguè", c'est-à-dire à l'agonie, aussitôt se mettait en place la solidarité des voisines, actives et attentives.
Une fois le décès survenu, le mort était lavé et habillé avec ses plus beaux vêtements, souvent avec son costume de mariage. Aussitôt après, amis et voisins allaient faire "leis assachié", c'est-à-dire annoncer la nouvelle de porte en porte aux habitants du village. L'un d'eux se chargeait de faire sonner le glas, dont les tintements étaient plus ou moins nombreux selon le statut du mort (homme, femme, enfant, haut personnage). Parents et gens du lieu se succédaient alors pour "plaindre le deuil", bénissant le défunt avec la branche du buis ou d'olivier bénie le jour des Rameaux.
Frédéric Mistral nous a tissé une évocation précise du décès de son père et des rites mortuaires d'alors (1855) : "Près du lit, on alluma un cierge pâle. On ferma à demi les volets de la chambre. On manda aux laboureurs de dételer tout de suite. La servante, à la cuisine, renversa sur la gueule les chaudrons de l'étagère. Autour des cendres du foyer qu'on éteignit, avec toute la maisonnée, silencieusement, nous nous assîmes en cercle. Ma mère était au coin de la grande cheminée et, selon la coutume des veuves de Provence, elle avait, en signe de deuil, mis sur la tête un fichu blanc; et toute la journée, les voisins, les voisines, les parents, les amis vinrent nous apporter le salut de condoléances (...) en l'honneur du "pauvre mort".
Le lendemain, tout Maillane assistait aux funérailles (...). Le cercueil était porté à bras (...) et le couvercle enlevé pour qu'une dernière fois les gens vissent le défunt".
Ce témoignage appelle quelques commentaires sur les rites dans la maison mortuaire, les vêtements de deuil, l'organisation du cortège funèbre. Les gestes rituels qui suivaient immédiatement le décès avaient pour fonction de signifier l'interruption de la vie de la maison et de l'exploitation (extinction du feu, arrêt du travail, des horloges, pose d'un crêpe sur les ruches quand mourait la mère de famille), et d'éviter que l'âme du défunt ne se fixe sur les objets domestiques en s'y réfléchissant. A cette fin, on renversait les chaudrons, voilait les miroirs et laissait une fenêtre entrouverte afin que l'âme pût quitter sans obstacle sa demeure terrestre. Pour la cérémonie funèbre, les femmes portaient un grand voile blanc ou noir (Arles) en mousseline ou en tulle, puis adoptaient la tenue de deuil, de composition variable qu'elles portaient plus ou moins longtemps selon leur degré de parenté avec le mort.
Ainsi, en Provence maritime, les coiffes de deuil comportaient, à la place des dentelles, une bande de mousseline ou de tulle uni, plus ou moins large selon la proximité du décès et du défunt; les Arlésiennes portaient un ruban de faille et de moires noires. Au rythme des étapes du deuil (deux ans de grand deuil, un an de petit deuil pour un mari, un père, un enfant, par exemple), les couleurs des vêtements s'éclaircissaient (noir, gris, mauve).
 

L'ORGANISATION DE LA VEILLEE
MORTUAIRE ET DES FUNERAILLES

Elle témoigne d'une très forte socialisation de cette dernière étape de la vie individuelle : prise en charge des tâches domestiques par la communauté des voisines, rôle éminent tenu jadis par les confréries de pénitents lors de la
veillée mortuaire et du cortège funèbre, ou par les cercles et les prud'homies pour accompagner solennellement leurs membres décédés. Les trajets et l'ordonnance des cortèges étaient, au demeurant, fortement révélateurs de l'emprise co1lective - voire politique - sur cette ultime étape : station et hommage rendu au disparu devant la maison prud'homale dans les communautés de pêcheurs, grand "tour de ville" pour les notables au XIXème siècle, pratique reprise dans un but ouvertement politique, au tournant du siècle, par exemple lors d'un "enterrement civil" dans tel village de Haute-Provence : "Lorsque les amis du défunt, également jeunes conscrits de sa classe, vinrent pour le porter au cimetière, ils décidèrent à titre de simple démonstration de faire le tour du village avec la dépouille mortelle de leur ami. Messieurs Les municipaux, de nature réactionnaire, s'y opposèrent, mais les jeunes porteurs persistèrent dans leur projet."

LE CORTEGE

Jadis, les femmes étaient exclues de la participation au cortège à l'exception des obsèques d'enfants.
Au domicile, avaient donc lieu les scènes d'extériorisation de douleur (...). A Arles, les femmes non proches parentes, seules, ont commencé à participer aux funérailles pendant la guerre de 1914 (...}. L'usage est tellement ancré dans les mœurs que l'on notait naguère sur les faire-part d'enterrement un avis ainsi conçu : "Les dames sont priées d'assister aux obsèques".
Hommes et femmes, non parents du défunt, demeurent aujourd'hui séparés dans le cortège, témoignage supplémentaire de la forte césure spatiale entre le masculin et le féminin que nous avons déjà nouée.
Les hommes, "a fortiori" quand ils affichent des convictions "républicaines", demeurent sur le parvis de l'église pendant la cérémonie.
Au cours du XIXème siècle, une autre caractéristique du cortège funèbre a fortement évolué, indice d'une modification profonde des mentalités : l'usage de porter le corps du défunt à visage découvert s'est progressivement estompé un arrêté municipal l'interdisant (1838) mais il arrivait encore, à la fin du XIXème siècle, que l'on ouvre une dernière fois le cercueil au cimetière avant l'inhumation.
Cette transition du "corps montré au corps caché" annonce les formes beaucoup plus introverties et privées du deuil contemporain.
Autre témoignage de cette évolution, la disparition des grands repas réunissant parents et amis dans une remise ou un hangar spécialement réservé à cet usage en Provence alpine.
Les cimetières, on l'a dit, ont été établis à la périphérie des villages à partir de la fin du XVIIIème siècle; les tombeaux y sont exceptionnels jusqu'au Second Empire. Les morts semblent cependant avoir été inhumés par "aire familiale", au moins en Haute Provence rurale, avant que l'architecture funéraire plus récente officialise ces regroupements et offre un support expressif aux différenciations sociales.
Ainsi, les monuments funéraires des Mexicains de Barcelonnette sont à l'image de leurs somptueuses demeures. Reflets des contrastes sociaux du monde des vivants, le cimetière l'est aussi parfois de ses différences religieuses : A Lourmarin (84), un mur sépare les tombes protestantes des tombes catholiques...

Franck CIMART
Extraits du livre : "PROVENCE"
Editions BONNETON: av. Théophile Gautier 75016 Paris.